com06 déclaration snesup

Communiqué de presse 05/07/2006
Déclaration SNESUP en CNESER
Avec les mesures d’application de la loi dite « Pacte pour la recherche
» actuellement en cours de préparation, se profile la déstructuration
profonde du système public de recherche et d'enseignement supérieur.
Déjà l'ANR avait ouvert la voie à un système de
sélection des projets échappant à la communauté
scientifique, au pilotage des recherches par des contrats à courte durée,
à l’aggravation de la précarisation de l'emploi des jeunes
chercheurs post-docs sur statut précaire, ainsi qu’aux déséquilibres
budgétaires.
C’est dans ce contexte que se développent dans les établissements
des discussions sur les PRES et les RTRA. À l'origine, les projets de
PRES semblent être une réponse à une demande de la communauté
scientifique formulée lors des États Généraux de
la Recherche : favoriser les échanges entre différentes entités
d'une même région géographique, du point de vue de la recherche
et des formations. Aujourd’hui, à l’opposé des objectifs
de coopérations, certains élaborent des projets, encouragés
par le ministère dans une vision restrictive sous couvert de favoriser
l’excellence internationale, et ce sans réelle concertation avec
les personnels. Quant aux RTRA, ils apparaissent sous la forme des Campus très
élitistes. Les objectifs que leur assigne le ministère, le statut
de fondation imposé pour émarger aux financements font que leur
création risque de procéder d’une démarche de concurrence
internationale et non de coopération et d’émulation.
Cela peut aboutir à brève échéance à l'effet
contraire à celui annoncé, notamment en matière de dynamique
et d'innovation, et d'attractivité pour les jeunes dans les filières
scientifiques et les métiers de l’enseignement supérieur
et de la recherche.
En même temps, le Ministère annonce des suppressions massives de
postes dans la fonction publique, et notamment à l’Education Nationale.
Il ne respecte pas ses propres engagements en matière de recherche, puisqu’il
ne prévoit pour 2007 que la moitié des postes promis l’an
dernier, sans garantie de statut et ne budgétise qu’une partie
du milliard d’euros annoncé.
Aujourd’hui, s’appuyant sur la nouvelle loi, le projet d’arrêté
réformant les formations doctorales supprime le monopole des universités
en permettant à tout établissement d’enseignement supérieur
– donc aussi à tout le secteur privé – d’inscrire
des doctorants et de délivrer le doctorat, après accréditation
d’une Ecole Doctorale par l’AERES, Agence d'Évaluation de
la Recherche et de l'Enseignement Supérieur. Nous estimons que la délivrance
du doctorat, et au-delà de tous les diplômes nationaux de l’enseignement
supérieur, doit rester de la seule compétence des établissements
d’enseignement supérieur public. De plus, selon les échos
les plus récents, l’Agence serait réduite à un petit
cénacle de nommés et dotée de modes de fonctionnement discrétionnaires.
L'évaluation se verrait ainsi mise au service de la rentabilité
et non de la science.
Qui plus est, il suffirait du grade de Master – et non plus du diplôme
– pour demander à s’inscrire en doctorat. Comme on peut le
constater au CNESER, les critères d’évaluation retenus pour
les écoles de commerce et de gestion sont infiniment moins exigeants
que ceux qui valent pour les établissements publics, et ces établissements
privés n’ont pas les mêmes contraintes, ni les mêmes
ressources que les universités. C’est bien la recherche dans les
universités qui est mise en cause.
Ce projet fragilise encore les petites ou moyennes universités pluridisciplinaires,
en particulier, dans certaines disciplines où elles ne sont pas jugées
« excellentes » . En effet, la disparition du niveau D dans ces
disciplines – notamment à l’occasion de la disparition des
Ecoles Doctorales pluri-disciplinaires de site – risquerait d’entraîner
à terme la disparition du niveau M. De plus, les universités n’ayant
pu obtenir qu’un statut d’ « établissement associé
» ne pourraient plus délivrer le doctorat sous leur seul sceau.
Ce système permettrait de reléguer certaines universités
en seconde zone et de développer le hiatus entre rôle social de
l’Université dans son territoire et développement de la
recherche.
Enfin pour nous, les dispositions de cette réforme relatives aux Conseils
d’Ecoles Doctorales n’améliorent aucunement la vie démocratique
tant dans les labos que dans les Ecoles Doctorales. Ce projet n’apporte
pas de réelles garanties supplémentaires aux doctorants, notamment
en matière de durée de thèse, de garantie d’encadrement
(nombre de thésard par professeur ou habilité), de financement,
de représentation ou de droits sociaux (congé de maternité
).
Sur la base de ces critiques, des conseils d’administration, CEVU ou CS
réunis la semaine dernière ou cette semaine ont demandé
de profondes modifications du texte. La CPU a contesté plusieurs de ces
points.
Nous rejetons ce projet en l’état. Nous demandons une nouvelle
rédaction, prenant en compte les exigences de la communauté universitaire
et de ses représentants, avant qu’un texte soit soumis au vote
du CNESER.